Méditation du jour: Rien n’est secret sous le soleil

Ep 1, 11-14 ; Ps 32 ; Lc 12, 1-7

Dans l’Evangile que nous méditons aujourd’hui, Jésus invite à ne pas se laisser influencer par l’hypocrisie des Pharisiens. Cette hypocrisie consiste à faire apparaître aux gens ce qu’ils ne sont pas concrètement: « Méfiez-vous du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie. Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui caché sera connu. Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits ». (Lc 12, 2-3).

En effet, Luc situe la scène avec soin : des milliers de personnes se pressent, au point de se piétiner. Et c’est à ses disciples d’abord que Jésus s’adresse : « Méfiez-vous du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie. » Ici, ce n’est pas que le danger ne vient pas seulement du dehors. Jésus montre qu’il guette ceux qui Le suivent déjà. Méditons ce passage message par message.

1. Le levain : un mal discret qui gagne toute la pâte. Le levain agit en silence, de l’intérieur, et fait lever toute la masse. Saint Paul le dit aux Corinthiens : « un peu de levain fait lever toute la pâte » (1 Co 5, 6). L’hypocrisie fonctionne ainsi : une petite duplicité tolérée devient une habitude, puis une culture. Jésus condamne la vie d’apparence : paraître sérieux, pieux, honorable, alors que ce qui se vit dans l’ombre est tout autre.

2. Rien de caché qui ne sera connu. « Tout ce qui est couvert sera dévoilé. » La lettre aux Hébreux le confirme : « Tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte » (He 4, 13). Mais ce dévoilement n’est pas d’abord une menace. Saint Jean nous donne la clé : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3, 21). Le Christ est cette lumière. Saint Augustin avait vu juste en s’écriant : « Tu étais au-dedans de moi, et moi j’étais au-dehors » (Confessions, X, 27). L’hypocrite vit dehors, tourné vers le regard des autres. Le chrétien est appelé à habiter son intériorité, là où le Christ l’attend.

Ce que Dieu met en lumière n’est pas que le mal. Le bien caché, comme l’aumône secrète (Cf. Mt 6), sera lui aussi révélé. Et la parole que Jésus confie « à l’oreille » à ses disciples doit être « proclamée sur les toits » : la vérité n’est pas faite pour rester murmurée dans l’ombre.

3. Le « qu’en dira-t-on » : une peur qui gouverne. La racine de l’hypocrisie est la peur du regard des hommes. Saint Ignace d’Antioche écrivait : « Mieux vaut se taire et être, que parler et ne pas être » (Aux Éphésiens, 15). Saint François d’Assise le résume ainsi : « Ce que l’homme est devant Dieu, cela il l’est, et rien de plus » (Admonitions, 19). Sainte Thérèse d’Avila ajoute que l’humilité, c’est la vérité. Vivre devant Dieu rend libre : on n’a plus à entretenir plusieurs visages. Saint Benoît demande à ses moines de garder toujours à l’esprit que Dieu les voit en tout lieu (Règle, 4).

4. Craindre Dieu : une crainte qui libère. Une précision s’impose, car la suite du texte l’éclaire : Jésus parle de craindre Dieu, mais aussitôt il rassure : « Cinq passereaux ne se vendent-ils pas pour deux sous ? Pas un seul n’est oublié du Seigneur. Même vos cheveux sont tous comptés. Soyez sans crainte. » Le regard de Dieu n’est pas celui d’un contrôleur. C’est celui d’un Père qui connaît chacun, jusqu’au détail. Craignons Dieu plutôt que les hommes, mais comme des enfants aimés.

Bien-aimés, l’hypocrisie abîme le lien social. Dans les familles, les secrets et les doubles vies minent la confiance et rendent le dialogue impossible. Dans l’Église, une communauté où chacun joue un rôle ne peut pas être une famille. Le chrétien cohérent est celui dont la liturgie et la vie sociale disent la même chose.

Jésus, en affet, ne nous demande rien qu’il n’ait vécu : il est la Vérité (Jn 14, 6), sans masque ni double langage, et le « mystère caché depuis les siècles » a été dévoilé en sa personne (Col 1, 26). La première lecture le dit : en lui nous avons été « marqués du sceau de l’Esprit Saint » pour la louange de sa gloire (Ep 1, 13-14). Ce sceau nous donne la force de vivre en vérité, car il nous marque comme appartenant au Christ, non à l’opinion publique. Notre identité ne dépend plus du regard des autres, mais du regard du Père sur nous en son Fils. Demandons au Seigneur la grâce d’une vie transparente, où ce que nous disons à l’oreille peut sans honte être proclamé sur les toits.

Collecte

DIEU QUI AS SUSCITE PAR TON ESPRIT SAINTE THERSE D’AVILA POUR MONTRER A L’EGLISE LE CHEMIN DE LA PERFECTION, FAIS-NOUS TROUVER NOTRE NOURRITURE DANS SA DOCTRINE SPIRITUELLE ET BRULER DU DESIR DE LA VERITABLE SAINTETE.

Liturgie des heures: VENDREDI  4

Préface des saints.

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